Dieu sur tous nos chemins


« Ton passé n’est pas encore écrit », me disait un jour Jean Sulivan, prêtre et écrivain. Nous pourrions dire cela de nous tous.

Nous n’avons pas toujours compris le sens des événements de notre vie. Tout s’est déroulé trop vite : le frétillement des loisirs nous a éloigné de la profondeur. Nous avons oublié de nous arrêter pour tenter de comprendre.

Regardons le peuple hébreu : il a vécu, au cours de sa longue histoire, une série d’exils, de drames, des conflits, de guerres… Et voilà que des prophètes et des sages se lèvent pour relire les jours et les heures. Voilà que les serpents, les scorpions, la famine, la soif deviennent soudain un instant « le temps des fiançailles » avec un Dieu qui leur parle au cœur !

À la lumière de la méditation et de l’écriture, les moindres péripéties deviennent les pierres d’une cathédrale, clefs de voute ou gargouilles. Les événements deviennent des avènements. Même « le murmure d’un profond silence » devient le prélude d’une Révélation ! Les jours après les jours sont repris dans le champ de forces d’un récit, comme les grains de limaille autour des pôles d’un aimant.

Gargouille de la cathédrale Notre-Dame de Paris

Jacob, épuisé de fatigue, s’endort dans le désert, entre Bersabée et Haran. Il rêve de Dieu. Il entend : « Je suis avec toi. Je te garderai partout où tu iras ! » Aux premiers rayons du soleil Jacob s’extasie : « Dieu était là et je ne le savais pas. » (Gn 26, 15-25).

Que de nuits de notre existence pourraient ressembler à cette nuit-là !  Tout est signe à qui sait lire ! Même avec le péché Dieu peut faire des merveilles. David commet un adultère suivi d’un meurtre et Dieu transforme l’événement : le petit Salomon naîtra. Lui aussi, à son tour, fut « l’esclave de ses sens », mais « Dieu ne renonça jamais à Sa tendresse » (Ben Sira 47-22).

Photo ©Stan Rougier

Voilà peut-être le grand fil rouge de nos destinées. Mille pièges ont été déposés sur notre route pour nous pourrir la vie … ou, par notre légèreté, celle de nos semblables. Mais jamais Dieu ne S’est découragé de nous.

L’épouse d’Osée « court après ses amants ». Osée ne désespère pas. Sa colère devient cantique. Il chante la tendresse inépuisable de Dieu.

Comme elles sont grandes et pathétiques et riches de sens nos existences lues à la lumière de la Parole de Dieu ! L’absurde soudain se change en mystère. Le mystère devient germination.

Où étais-Tu Seigneur ? », crie Catherine de Sienne, dévorée par la tentation. Elle entend : « Dans ton cœur pour que tu Me préfères » (Dialogues, éd. P. Lethielleux, Paris, 1913).

Catherine de Sienne

Nos vies sont des chemins d’Espérance. Tout peut concourir à la magie d’une métamorphose !

« La souffrance enfante les songes

Comme la ruche ses abeilles.

L’homme crie où son fer le ronge

Et sa plaie engendre un soleil » (Louis Aragon, Les poètes, Gallimard, 1960).

Photo ©Stan Rougier

Qui furent nos guides sur nos chemins ? Qui furent nos maîtres ?

Que serions-nous sans cette main tendue, sans cette lettre, sans ce poème, sans ce livre ?

Que serions-nous sans ces sourciers, ces éveilleurs ?

De grands vivants nous ont frôlé de leurs ailes d’archanges. Quelque chose en nous est entré en résonance avec leur âme.

Des larmes de gratitude baignent mes yeux lorsque je me souviens de mon aumônier scout Victor Bogros, du père Philippe Maillard, de Marthe Robin, du cardinal Etchegaray, de l’abbé Pierre, de Frère Roger, de Maurice Clavel, de Christiane Singer, de Sarah, de Mariano Puga, d’Hubert Coppenrath,

Cardinal Roger Etchegaray, Assise, 1986.

et tant d’autres… parmi lesquels mon ami le Dr Pierre Tapie qui écrivait, récemment, quelques jours avant de quitter ce monde :

« Dieu est de tous nos voyages…

Il est de tous nos chemins de traverse.

Sur nos terres ensoleillées et nos bas-fonds obscurs…

Présent à toutes nos aurores et tous nos crépuscules. »

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