Pour l’office des matines de Noël, il est de tradition que le novice entré le plus récemment au Noviciat prononce une homélie, en latin. Ce privilège est tombé sur moi.

Au Noviciat dominicain de Lille, années 50.
Voici des extraits de ce sermon prononcé dans la langue de Cicéron :
« Noël ! Dieu est venu il y a près de 2 000 ans sur notre terre. Il veut naître au milieu de nous. Il est venu comme un mendiant. Il vient encore mendier notre amour. Il vient nous dire : « Si vous ne m’accueillez pas, Je meurs. » Serions-nous délivrés aujourd’hui de cette question de Dieu à l’âme humaine ? … »

Photo ©Stan Rougier
En chacun de nos frères, le Visage de Dieu est en gestation. Dieu veut naître en chaque être si fragile et si proche. Dieu à Bethléem était à la merci du moindre courant d’air. Sans la tendresse de Marie et de Joseph, comment serait-il venu à bout de la soif, de la faim, du froid, de la peur ?…

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Il en est de même pour ce petit Christ qui veut naître en notre coeur. Trouvera-t-Il l’entourage de tendresse dont Il a besoin ? Je ressens de façon aigüe le risque d’une absence d’accueil et de soins.
Saint Exupéry, devant un petit enfant d’immigrés balloté de pays en pays, parlait de « Mozart assassiné ». Il y a en chacun infiniment plus que Mozart.

Nous pouvons aujourd’hui même entendre l’appel : « Je vous donne rendez-vous dans votre frère. Ne Me laissez pas mourir dans votre semblable ! »

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L’amour de nos frères est une question de vie ou de mort. En chacun de nous, Jésus voudrait naître. Soyons attentifs. Écoutons cet appel de nos frères plus faibles et plus fragiles. Peut-être, ici ou là, en ce soir de Noël, Jésus sera empêché de naître en tel ou tel de nos frères… »

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Si durant la vie éternelle, au-delà de notre mort, il nous est proposé de revivre tel ou tel moment de notre vie terrestre, c’est d’abord ce moment-là que je choisirai.